Parce que l’agilité à l’échelle est l’un des enjeux cruciaux des grandes organisations, nous avons interrogé quatre experts afin de constituer un ebook, permettant de comprendre les apports de l’agilité à l’échelle et SAFe. L’article suivant est un extrait de cet ebook et nous permet de découvrir comment mesurer l’efficacité de l’agilité à l’échelle.

e-book agilité à l'échelle

Laurent Charles
Laurent CHARLES, CEO et co-fondateur d’Enalean (Tuleap)

Pour mesurer l’effet d’une évolution vers l’agilité à l’échelle, les habituels KPIs sont inadaptés

Pour aller droit au but, sortir le fameux ROI (Retour sur Investissement) que tout dirigeant espère après une transformation agile, semble délicat. On peut même observer que si la transformation agile n’est guidée que par ce ROI, cela échoue souvent car le focus n’est plus mis sur l’évolution de la culture d’entreprise nécessaire. Pour mesurer l’effet d’une évolution vers l’agilité à l’échelle, les habituels KPIs sont inadaptés. On peut commencer par regarder l’effet sur l’humain, sur l’engagement et la motivation des collaborateurs. Echanger régulièrement avec les équipes permet de « mesurer » ou du moins « ressentir » l’état d’esprit. On pourra regarder le degré d’implication, de sensibilité à la démarche de progrès, l’acceptation du droit à l’erreur et d’en discuter.

On peut donc mesurer l’amélioration des processus mais tirer des conclusions en euros sur les économies réalisées ressemblerait plus à des hypothèses “pifométriques”. Par contre, des projets menés plus efficacement, des livraisons faites plus tôt, des incidents identifiés avant la mise en production, sont des éléments plus factuels qui apportent des économies réelles pour l’entreprise et contribuent à une image de qualité.

Si l’on veut vraiment analyser la chose, on pourra évaluer le nombre de personnes collaborant en agile, le niveau de maturité des équipes, les perspectives d’évolution. Mais rappelons que le client est le centre de toute l’agilité, mesurer la satisfaction client semble donc la meilleure des mesures.

Alexandre Cuva coach agile
Alexandre CUVA, coach agile et dirigeant de SoCraAgile

On ne mesure que ce qu’on veut améliorer

Il faut d’abord revenir sur les fondements des KPIs, qui sont là pour apprendre, on ne mesure que ce qu’on veut améliorer. Une fois cette amélioration atteinte, on change de mesure. Il est aussi très important que ces mesures soient faites par ceux qui désirent apprendre plus. Il faut avoir une vue système de ces mesures. Une équipe Scrum va faire des mesures sur son système, et un exécutif mesure l’organisation, les relations entre les parties de son système.

Aujourd’hui il y a toute sorte d’outils permettant à l’organisation de mieux comprendre son adoption de l’agilité, l’avancement d’un produit, les retours des clients finaux etc… Chaque mesure a un intérêt pour un système donné. Comme le souligne Enalean la mesure du revenu est une hypothèse sur un choix qui devra être validé après la mise en place d’un incrément en production.

De plus en plus d’organisations adoptent les OKR -Object Key Results- comme moyen de mesure. Ici l’organisation a un objectif stratégique. On mesure les Key Results qui le supportent. Chacun dans l’entreprise suit ces objectifs à sa façon.

jean-claude delagrange coach agile
Jean-Claude DELAGRANGE, coach agile

On mesure la valeur que l’organisation à l’échelle est capable de livrer et avec quel délai

Je partage totalement ; j’ajoute un point d’expérience : quelle valeur une organisation à l’échelle est-elle capable de livrer à ses clients, et avec quel délai.

La mesure de cette valeur se fera directement par l’utilisation des applis livrées, et indirectement par l’effet sur le chiffre d’affaire de l’activité qu’elle sert.

Exemple : mon équipe s’était vu confier la mise en oeuvre d’une application de gestion de mandats confiés par l’Etat. La simplicité du dispositif, sa souplesse, sa couverture fonctionnelle, la rapidité de notre réponse (rarement plus de 2 mois pour la première livraison), l’implication en tant que clients des organismes d’Etat demandeurs et la qualité des solutions ont fait qu’en l’espace de 3 ans, l’Etat nous confiait tous les nouveaux mandats. Et l’activité a plus que doublé de chiffre d’affaires en 5 ans.

Laurence Hanot coach agile
Laurence HANOT, coach agile chez Zenika

On peut définir des indicateurs pertinents pour chacun des objectifs fixés

Encore une fois, partir des objectifs fixés : pourquoi veut-on entrer dans une démarche d’agilité à l’échelle ? Quels problèmes veut-on résoudre ? Que veut-on améliorer ?

A partir de là, on peut définir des indicateurs pertinents pour chacun de ces objectifs et les mesurer et les adapter régulièrement si les objectifs changent, si on pense les avoir atteints, si de nouveaux apparaissent.

Pour le comment, on se basera sur des méthodes et outils adaptés (OKR, qualimétrie de code, outils supportant les pratiques agiles, enquêtes utilisateurs, humeur des équipes, etc…).

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